semanal 4


Cimetière des Lilas.

Sous un ciel strié des lignes d’avions, les nuages s’y confondent. Deux rumeurs se mêlent, le périphérique, qui est un son remarquablement égal, et les avions. Ça est là des voitures, des bus et des motos invisibles et proches relèvent la rumeur d’un bruit. Sur la joue gauche, un soleil dévoilé sensible, et sensible le vent léger qui fait trembler le tissu des roses tombales. D’ici le globe argenté du parc de la Villette semble une sculpture de jardin disproportionnée, Partout tours brique et béton selon les âges. Au sud, une pyramide égyptienne des années 1970, cénotaphe de standing.

D’ici le Sacré cœur, est hors de portée de l’esprit, un rêve posé, une toile peinte, comme le dôme de Saint Paul durant le Grand Incendie de Londres. Mais ce dimanche ce n’est pas une lumière à catastrophe.

Le bruit du gravier se mêle à l’odeur des buis pour nous dire automne et crève. Le béton effrité laisse apparaître le squelette d’une tombe, une stalle blanche et bleue d’un ciel de juillet emporte nôtre songerie en Grèce, avant qu’un tintement métallique ne la pousse jusqu’à Bangkok.

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Une femme coud ; elle pique l’aiguille dans le tissu, appuyant de la pulpe de l’index droit pour la faire traverser, son majeur alors se replie comme une patte d’insecte approchée du feu. A la fois araignée et myriapode, souple et osseuse, la main m’inquiète.

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Avant de s’asseoir l’homme regarde à quelle hauteur de cuisse remonte la jupe de sa voisine, il sourit, referme son visage, mais la cuisse, alors sourit de nouveau, proprement carnassier, la journée sera viande pense-t-il.

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Dimanche soir d’un autre temps. Est-ce le ciel qui se reflète dans le damage des Mercuriales ; tant de verticales abîme dans une songerie qui fait pencher. Avant que je ne tombe et emporte la table, un homme à barbe rase me demande de lui épeler le mot « trop » pour qu’il puisse l’envoyer depuis son téléphone. Qu’y a-t-il dans sa vie en excès ? Est-il trop tôt ou trop tard ? Lui en demande-t-on trop ?

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Délier, déplier, distendre, l’écriture n’est pas un travail comme on ne cesse de le lire avec talent là ou là, c’est un muscle dont l’exercice nous est pénible et plaisant et surtout dont le lendemain est douloureux. Mais où la courbature est le signe de l’effort inhabituel et excessif, le lendemain d’écriture ressemble au jamais plus des lendemains de boisson ou, l’enthousiasme de la fête retombé, il appert que c’était bien peu de joie pour beaucoup de mal.
Quand nous mangeons la bête, qu’est la viande si ce n’est muscle ?

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Tokyo Sonata - Kyoshi Kurosawa - 2008

Ceux qui possèdent l’autorité la perdent, ceux qui la subissent n’en veulent plus, c’est un fantôme pour tous et comment s’en défaire. La mère retourne à la mer, le père au bitume, un fils à l’art, un fils à la guerre

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Ascenseur pour l’échafaud - Louis Malle - 1958

Traversé par la musique et le noir et blanc, les. Coincé dans l’ascenseur de l’immeuble moderne. Il travaille pour le pétrole et les armes. Dans sa jeunesse, la guerre. En symétrie criminelle un jeune couple que l’on a cru moderne et qui possède aujourd’hui pour nous une étrangeté de zoo. Au final c’est la photographie qui les emporte tous en prison.

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texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 5 octobre 2009




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