semanal 5


Être abattu, sur contrat, par un tueur professionnel, devant une maison à toit de chaume, un souffle de vent dans les peupliers et la joie droite dans une herbe mêlée de terre grasse ; depuis le temps que nous avions acheté cette maison, nous n’avions jamais pris le peine de refaire le gazon.

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Regarder la couverture d’une réédition de Raboliot de Maurice Genevoix au Livre de Poche du courant des années 1970. Un homme fusil à l’épaule, en veste de grosse laine bleu marine et béret du même tissu se tient les deux genoux dans les feuilles mortes, un lapin pattes en l’air entre les mains. Arrière plan de sous-bois et de nimbe en excès, hamiltonisme de chasse. Image d’époque et de livre de poche.

Octobre, et dimanche revient ; et la foret et le dimanche et Pierre Perret à l’intérieur d’un double 33 tours cueillant des champignons avec une casquette pied de poule. Ce n’est pas de la nostalgie, pas un regret mais un désir, le goût d’être là exposé à cette lumière assis sur un tronc couché humide, suivant la trace luisante de la limace qui remonte les cercles beiges des bûches courtes du tas de bois bientôt chauffage, bientôt flambée. De là assis, écouter la combustion de moisissure, un bruit d’humus, l’automne.

Je n’ai pas lu Raboliot

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Le visage fermé puis souriant puis fermé, elle vient de décider. Quand les portes se sont fermées entre eux, elle a tourné la main dans l’air puis tendu le doigt vers l’avant pour dire qu’elle l’attendrai à la station suivante. Mais elle ne le fera pas, sept ans c’est trop, elle le connaît depuis deux jours, ils rentrent de leurs premières vacances, qu’importent : ni ses pantalons ni ses livres ne conviennent.

Visage souriant.

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Il a mis son costume beige de 1987 toujours impeccable, et coiffé les cheveux en arrière d’un trait de gomina, une montre bracelet argenté terni qui dut servir à la virilité, une paire de lunettes de soleil correctrices dégradant du mauve. Il s’est fait une tête de bandit de cinéma. Combien d’années ça lui a pris ? quelle belle fierté en retire-t-il ? est-ce pour séduire, pour effrayer, pour occuper le temps trop lent ?

De grandes nuées sortent de ses narines après chaque inhalation, il fume sans en avoir l’air, le cou plisse à l’encolure de sa veste.

Il ne craint personne.

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La quantité dans ce bar d’hommes à casquettes sportives et cannes, avec des barbes clairsemées ou épaisses mais toujours longues, et le demi de bière bu en longues demi-heure. Ni maugréant, ni agressifs, vivent-ils ensemble dans un communauté, suivent-ils une règle stricte quant aux poils et vêtements. M’accueilleront-ils volontiers quand l’heure sera venue ?

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Un air d’inquiétude scrutatrice et ce qu’il tient dans la main droite avec une ferveur, laisse entendre qu’il détient sur le monde avidement regardé une puissance dont il cherche les manifestations, femme qui trébuche, bus qui s’arrête, baguette de pain tombant des mains. Il part précipitamment après son cinquième kir cassis. Tremblement de l’alcool ou ivresse du pouvoir ?

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Fulltime killer - johnnie to - 2001

C’est un film confus et violent qu’il faudra imaginer puisque les 0 et les 1 étaient trop sales.

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 20 octobre 2009




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