46/ la barbe


Ses amis l’appelaient la barbouze. Il en faut un toujours qui fasse le malin et c’est souvent le plus jeune. Lui jouait à ressembler à ces christ d’icône, dont on dit que la barbe fourchue indique la double nature terrestre et céleste. Il avait tout pour réussir dignement, il disposait même en ce siècle des machines de plans déposés avec brevets à son nom. Il faut toujours se méfier des autres, les autres sont suspects d’être autre. Il avait, au ravissement sans intellection de ses parents, inventé une machine à passer le temps dont il démontra sur son propre exemple l’étonnante efficacité. Assis dans un confortable fauteuil de cuir garni, il vit depuis sa fenêtre défiler une génération de gens, de monde, de temps, puis il mourut, fier de lui.

Il faut imaginer qu’il pouvait être difficile en 1882 d’avoir pour père un homme qui ressemblait à Adolphe Thiers mangé de lèpre beige.

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 20 décembre 2012




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