51/ coeur ceint


Maurice Delachape déjeunait tous les jours à midi quinze, le plus souvent d’une part de blanquette de la veille, d’une portion de riz, qu’il poussait à la fin de l’assiette avec un morceau de baguette blanche. Ni impeccable, ni faux-chic, simplement le quelconque artistiquement ordonné. Il avait un jour décidé de ressembler à personne plutôt que de ne ressembler à personne. Savoir devenir parfaitement banal lui demanda des efforts considérables d’observation et de mimétisme, ses contemporains croyaient excessivement au singulier. Mais cette invisibilité acquise, ces longues journées à regarder passer le monde, provoquèrent en lui une misanthropie indissoluble.

Il était devenu plus invisible que n’importe quelle chimie, même romanesque, n’aurait pu le rendre.

On le retrouva assoupi dans une cabine de la grande roue de la foire aux plaisirs, place des Quinconces, à Bordeaux. Assoupissement définitif causé, en apparence, par la lame d’un couteau planté dans le cœur.

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 30 janvier 2013




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