perec 3


Imaginer un livre, lire un livre écrit y a quarante-trois ans, par un jeune homme de trente, décrivant des jeunes gens de vingt-cinq et que ce livre se trouve être l’exposition de notre misère présente, de notre servitude présente.

C’est l’écart dans la ressemblance qui nous trouble, nous pourrions jouer à réduire cet écart remplacer l’Express droitisé par Télérama, décaler la topographie parisienne vers les arrondissements à deux chiffres, plus quelques pointes de goût émoussées (la mode anglaise, les chesterfield etc) mais cette péremption des contingences est déjà incluse dans le texte, elle en est l’objet.

La capacité à s’aliéner en croyant maintenir sa liberté, nous l’éprouvons au moment même où nous la lisons, par le déni. Un sourire aigre, à chaque fois que nous nous reconnaissons dans les descriptions de l’intime, des rapports amicaux, de la forme que nous souhaitons donner à notre vie et que nous refusons cette reconnaissance en tâchant de nous dire : "non ce n’est pas exactement cela".
Mais c’est fuir vainement ; puissance des « choses » de Perec, qui déploie l’analyse par la description et donne à la moquette une présence politique.

Prendre au sérieux Perec se défendant d’avoir écrit un texte contre la société de consommation, on ne décrit pas les choses contre-elles mêmes. Nous sommes agents de nos servitudes

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 4 novembre 2008




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