Roubaud 1


Roubaud, cela fait longtemps que ça dure ; comme un accompagnement de l’idée de l’écriture et de sa possibilité. Quelque chose noir fût un premier livre.

Maintenant que le bleuissement de chaleur envahit la ville, voici comment écrire et disposer l’été devant nous.

Là-haut la vue découvrait brusquement des kilomètres de lointains et au plus loin de ces lointains quelque chose bougeant bleu.

C’était quoi ? C’était la mer. Pas de doute, la mer. La Méditerranée. Comme une « écume bleue », son scintillement lointain dans le soleil immatériel, retrouvé, incessant. La mer inaccessible, mais espérée pour plus tard, « après la guerre ». Ils ne voyaient qu’une goutte étroite de mer, une goutte bougeante, petite, écumeuse et bleue. Elle était à peine une discontinuité scintillante dans l’océan de l’horizon, l’océan-ciel, presque imperceptible entre les rochers, les collines chutant l’une sur l’autre jusqu’à l’imprécision due à l’air, à l’air trop clair, au soleil-brume. Le futur, la paix étaient ainsi.

(...)
Fontaine de silence dans l’assourdissement des criquets, des pneus de vélo, crissant de freins sur le chemin tournant, descendant, poussiéreux, dans la lumière poussiéreuse et bruyante de fin septembre. Ombres médiévales invisibles à déambulation rectangulaire. Ombres silencieuses protégées par la pierre, par le trésor de l’eau nourrice de paix, par la pierre vertueuse protectrice de la contemplation muette des reclus. Et les murs entiers du quadrangle intérieur, de l’espace géométrique réservé à la lente séculaire circulation méditative, étaient couverts de glycines ; un parfum invraisemblablement intense rayonnait de leurs grandes grappes bleues ; pas le bleu de la mer tel qu’en sa deuxième vision, un bleu plus clair ; ni le bleu un peu violet des iris, mais un bleu bouclé, léger et froid comme une eau sortie en mousse d’une bouche de fontaine. Parfum comme chargé de sucre enclos dans le nom mouvant de la plante qui rampait sur les murs, qui se faisait robes des murs, à grappes d’un raisin de fleurs : glycine.

Jacques Roubaud /// Parc Sauvage /// ed. du Seuil pp 114-115

texte et image (sauf si mention) : Pierre C. - 30 juin 2009




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